Chassé-croisé (1)
- Tu lis quoi?
- Pardon?
- Je te demande ce que tu lis?
- Le parfum de Patrick Süskind.
- C’est bon?
- Très bon, particulier comme histoire mais une description des odeurs tellement parfaite que tu les sens.
- Oui je sais, je l’ai déjà lû.
- Alors pourquoi tu me demande si c’est bon? Répondis-je en souriant.
- Je voulais savoir si tu aimais ça.
Silence. On retourne à nos lectures respectives. Elle me sourit et je lui rends la pareille, mais on ne se parle plus. Dix minutes passent et toujours rien d’autres que des sourires. Je brise la glace :
- Moi c’est Carl-Alexandre.
- June.
- Et toi? Tu lis quoi?
- Les chroniques d’une mère indigne. Tu connais?
- Je savais qu’elle avait écrit un livre mais je l’ai pas lu. Je suis son blogue.
Il faudrait maintenant que je vous mette en contexte, n’est-ce pas? Un après midi ensoleillé, je m’installe à la terrasse de mon café préféré et je lis. C’est une habitude que j’ai l’été lorsqu’il fait beau et que je suis en congé. J’aime me retrouver seul et m’évader dans un livre. Des fois je décroche et regarde les passants, les analyses. Je sais, c’est commun mais j’aime cette solitude. Jamais auparavant je ne m’étais fait ‘déranger’ par une personne, encore moins une fille. J’ai souvent eu envie de le faire mais je suis beaucoup trop timide pour ça. Cette fois là, c’est elle qui avait initié la parole, le geste. Ce n’était pas désagréable, bien au contraire. Surprenant mais intéressant.
Pendant dix minutes nous avons discuté de livres. Nous comparions nos lectures en s’apercevant que nous avions lu sensiblement les même. Nous parlions tellement vite, un peu comme pour rattraper le silence qui nous avait séparés. Un peu comme si nous avions l’impression de ne pas nous être parler depuis 30 ans. C’était comme des retrouvailles.
Le temps passait rapidement mais il semblait aussi arrêté. C’était irréel comme rencontre.
- Il est déjà 17h00. Il faudrait que je parte.
J’étais déçu, mais en même temps soulager. Soulager? C’est drôle que je choisisses ce terme. Pas parce que j’étais mal, mais bien parce que lorsque les conversations devienne trop longue, je fatigue, j’ai peur de ne plus rien avoir à dire et de devenir ridicule.
- C’est pas grave. Que je lui réponds.
- Tu aimerais remettre ça?
- Bien sûr. Tu as une adresse courriel?
- Je pourrais te laisser mon numéro de portable si tu veux?
- Oui, mais moi je n’ai pas de cellulaire.
- Comment ça?
- C’est une longue histoire. Je te raconterai une bonne fois.
Sur ces paroles, elle s’est levée et s’est approchée de moi. En gentlemen que je suis, je me suis levé à mon tour et suis venu pour lui serré la main. Elle qui semblait vouloir m’embrasser sur les joues, a compris que ce n’était peut-être pas une bonne idée et s’est ravisée en me tendant la main. Nos mains se sont rejointes doucement mais avec une poigne douce et sincère. Je ne voulais pas la laisser partir mais comme je ne sais jamais trop comment agir dans ces moments, j’ai desserré la main et l’ai laissée partir.
Elle marchait vers la sortie et j’ai mis du temps à me rasseoir. Je ne la quittais pas des yeux. Je me disais que si elle se retournerait une dernière fois avant de franchir la porte, je lui donnerais des nouvelles bientôt.
En poussant la porte du café, elle m’a jeté un regard avec un sourire que je savais que j’allais revoir…
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